
En 1955, La Presse, le plus grand quotidien de langue française en Amérique, s’apprête à entrer dans une ère moderne d’automatisation de sa production grâce à la construction d’un nouvel édifice. Celui-ci sera situé sur la rue Saint-Laurent, entre la rue Saint-Antoine - la rue Craig de l’époque - et la ruelle des Fortifications. Pour réaliser ce projet, il faut démolir de nombreux bâtiments existant sur ce site, sans compter les vestiges des anciennes fortifications que l’on découvre lors des travaux d’excavation.
L’architecte Jacques M. Morin prévoit terminer les travaux en 1958, mais des problèmes techniques imprévus viennent causer des retards d’un an dans l’échéancier. En effet, on découvre que le futur édifice reposera sur le lit de la rivière Saint-Martin, située sous la rue Saint-Antoine. Le roc sur lequel l’édifice peut s’ancrer se trouve 60 pieds plus bas. Les ingénieurs-conseils Surveyer, Nenninger et Chênevert doivent donc travailler à rendre étanches les fondations qui, de plus, devront supporter les vibrations des presses rotatives installées au niveau de la rue Saint-Antoine. Cet ancrage se fait à l’aide de 265 pieux accrochés au roc et, pour la première fois au Canada, une membrane étanche I.C .O.S.-Veber est utilisée pour protéger les fondations des effets destructeurs de la rivière souterraine. Quelques années plus tard, on utilisera cette même technologie pour le Palais de justice situé de l’autre côté de la rue Saint-Laurent.
En octobre 1958, alors que le nouvel édifice est presque terminé, une grève éclair des journalistes secoue l’entreprise pendant 13 jours. Madame Angélina Berthiaume-Du Tremblay est alors propriétaire du journal. Au moment où la grève prend fin, elle nomme Jean-Louis Gagnon chef de la rédaction. Celui-ci amorce alors un renouveau dans l’orientation journalistique du quotidien. La première action du nouveau rédacteur en chef sera de travailler à une nouvelle page éditoriale. Au même moment, il renouvelle l’image du journal en rafraîchissant la mise en page. De plus, la façon d’aborder l’information change : la une traite maintenant en priorité des nouvelles régionales et locales plutôt que les nouvelles internationales. Une typographie plus aérée, des articles signés, un caricaturiste régulier et l’introduction d’une tribune libre complètent ces changements.
L’équipe de journalistes de Jean-Louis Gagnon prend possession des locaux avec enthousiasme en octobre 1959. L’aménagement intérieur souligne l’importance que l’on accorde à la « nouvelle ». L’immense salle de rédaction de 75 pupitres, les chambres noires et les bureaux des chefs de service de la rédaction accueillent le personnel relié à l’information. Le 2e étage est réservé à la mise en page, caractères, linotypes et rangées de marbres. Les machines rotatives à haute vitesse fournissent un débit de 100 000 exemplaires à l’heure. Dans les entrepôts souterrains, on emmagasine les rouleaux de papier-journal.
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À la structure de béton et aux deux cages d’escalier en granit et calcaire de l’Indiana du nouvel édifice vient s’accrocher un rideau de verre retenu par des moulures d’aluminium. Au niveau de la rue Saint-Antoine, les larges baies inclinées vers l’intérieur permettent d’éviter la réflexion du soleil à ceux qui s’arrêtent pour observer le travail de la rotative ultra-rapide. Elles alternent avec des montants en granit bleu minuit de Rivière-à-Pierre, sans compter que des blocs de granit gris de Saint-Sébastien servent de seuil pour ces mêmes vitrines. Au moment où ce nouvel édifice est construit, il présente la plus grande surface vitrée à Montréal. Une passerelle au-dessus de la ruelle des Fortifications relie l’ancien bâtiment au nouveau.
En 1959, la construction de cet édifice marque une évolution radicale dans la production du journal en plus de projeter une image moderne de l’entreprise. Mais tout aussi importante que les transformations physiques, la nouvelle approche journalistique annonce des changements de mentalité qui bientôt amorceront la révolution tranquille.
Montreal, Canada(45.506, -73.557)
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