
La basilique Notre-Dame de Montréal qui dresse fièrement ses deux tours sur le côté sud de la Place d'Armes est la propriété de la Fabrique de la paroisse Notre-Dame depuis 1693 alors que les prêtres de Saint-Sulpice lui cédaient la première église. Instituée en 1657, la paroisse Notre-Dame fut, jusqu'en 1865, la seule paroisse catholique de Montréal. Les sulpiciens firent construire six églises dans les différents quartiers de Montréal, mais l'église Notre-Dame demeura toujours leur joyau.
La première église Notre-Dame fut construite à partir de 1672 sur un emplacement déterminé par Dollier de Casson, dans l'axe de la rue Notre-Dame sur l'actuelle Place d'Armes. Peu à peu l'église ne suffit plus à répondre aux besoins de la population. La fabrique de la paroisse envisagea donc, au début du XIXe siècle la construction d'une nouvelle église. L'argument en faveur d'un besoin d'espace ne fut pas le seul invoqué pour mousser le projet. La construction de la cathédrale Saint-Jacques sur la rue Saint-Denis, projet mis en branle par l'évêque auxiliaire, Mgr Jean-Jacques Lartigue, fournit aussi un autre argument en faveur de l'édification d'une nouvelle église, les sulpiciens voulant éviter à tout prix le morcellement de la paroisse Notre-Dame. De plus, à la suite de la construction par les autorités britanniques du Palais de justice sur la rue Notre-Dame on jugeait important d'édifier un monument qui rappellerait sans équivoque la présence canadienne-française et catholique à Montréal
Le projet de construction fut confié à l'architecte new-yorkais d'origine irlandaise James O'Donnell à qui on demanda de réaliser la plus vaste et la plus belle église d'Amérique du Nord. O'Donnell arriva à Montréal en octobre 1823 et proposa un projet aux marguilliers qui l'acceptèrent rapidement.
Le style gothique fut retenu pour l'église comme c'était alors de plus en plus souvent le cas aux État-Unis. Ce style trouvait ses racines au Moyen-Âge et était facilement reconnaissable par les arcs en forme d'ogive. Il contrastait fortement avec le néo-classicisme (inspiré de l'Antiquité), teinté des traditions de la Nouvelle-France, alors très dominant ici. Le projet de Notre-Dame représentait ainsi une première grande avancée montréalaise dans la mouvance néo-gothique, en voie de devenir un des grands courants stylistiques du XIXe siècle. La théorie et les règles allaient en être définitivement établies en Europe au cours des années 1840.
En mai 1824, les travaux débutèrent. Jusqu'à la fin des travaux, la première église fut conservée. On la démolit finalement en 1830, mais son clocher ne disparut qu'en 1843 lorsque les tours de la nouvelle église furent complétées. O'Donnell oeuvra à la fois comme architecte et intendant de la construction. Il surveillait tout et s'assurait que ses ordres étaient bien exécutés. Jusqu'à 250 ouvriers participèrent aux travaux durant la période estivale. La main-d'œuvre, qualifiée ou non, ne manquait pas, mais tous les matériaux nécessaires à la construction de l'église, à l'exception de la pierre de taille fournie principalement par John Redpath, étaient commandés à l'extérieur de Montréal.
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À partir de mai 1824, on procéda à la démolition de quatre maisons et au déblaiement d'un cimetière qui occupaient l'emplacement désigné pour la nouvelle église. Les murs des fondations, en calcaire de Montréal et hauts de trois mètres, furent élevés en juillet et août 1824. Les années 1825 et 1826 furent consacrées à la construction des murs, d'une épaisseur de 1.5 mètres. Durant l'automne 1826, on érigea les 16 colonnes de la nef ainsi que le plancher de bois. Le toit ne fut installé qu'en 1827. Les travaux se poursuivirent et en juin 1829, l'église fut inaugurée même si les travaux de décoration intérieure ne furent terminés qu'en 1830. James O'Donnell mourut cette année-là sans avoir pu admirer son œuvre terminée. Le manque d'argent força en effet le comité de construction à mettre fin aux travaux et l'érection des tours et des clochers ne reprit que dans les années 1840 sous la direction de John Ostell d'après les plans de O'Donnell.
La décoration intérieure ne satisfaisait pas entièrement les marguilliers et les prêtres de la paroisse. Elle avait été effectuée avec des moyens réduits et ne réussissait pas à mettre adéquatement en valeur la beauté architecturale de l'édifice conçu par O'Donnell. Donc dès 1856, la fabrique fit appel à l'architecte montréalais Victor Bourgeau pour concevoir des plans de rénovation du décor intérieur. L'intérieur de l'église fut entièrement refait. Victor Bourgeau avait développé une expertise incomparable pour la conception d'églises, il était le principal architecte montréalais pour la construction et la décoration des églises. Les travaux de rénovation de l'intérieur débutèrent en 1872 et se poursuivirent jusque dans les années 1880. Le majestueux décor actuel de l'église Notre-Dame – qui comprend entre autres la chaire de 14 mètres de hauteur sculptée par l'artiste Louis-Philippe Hébert – date de cette époque. En 1890, la fabrique commandait à la maison Casavant de Saint-Hyacinthe, les grandes orgues qui furent inaugurées en 1891.
En 1888, le curé de la paroisse fit valoir aux marguilliers que l'église était trop vaste pour des cérémonies intimes. On décida de faire construire une chapelle de dimensions plus modestes ainsi qu'une nouvelle sacristie et des bureaux à l'arrière de l'église. La chapelle Notre-Dame du Sacré-Cœur fut inaugurée le 8 décembre 1891.
Grâce à sa riche architecture, grâce à son décor intérieur somptueux, la basilique Notre-Dame a depuis toujours valeur de symbole pour les Montréalais. Elle n'est pas le siège de l'administration du diocèse, mais elle est un lieu de culte et de rassemblement privilégié. L'église fut élevée au rang de basilique mineure par bref apostolique le 21 avril 1982 et reçut la visite du pape en septembre 1984. À maintes occasions des milliers de personnes se sont rassemblées à l'intérieur ou sur son parvis pour rendre un dernier hommage à des personnalités importantes; pensons à Maurice Richard ou Pierre Trudeau en 2000. Elle connut aussi des heures plus joyeuses et somptueuses avec le mariage de Céline Dion et René Angelil ou celui, un peu plus discret, du hockeyeur Mario Lemieux. Depuis plus de 150 ans, la basilique Notre-Dame, mariage de l'art de O'Donnell et de Bourgeau, incarne l'âme du Vieux-Montréal.
Montreal, Canada(45.504, -73.556)
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